Sans Papier

Certains, l’air de rien, ont l’âme d’errer.

Ils adhèrent à l’éther comme on s’attelle à rêver

Et s’éveillent pour épeler des paroles esseulées

Désormais réunies mais parfois désolées.

Ces fruits songeurs que l’on appelle de nos vœux à œuvrer

S’expriment alors dans un silence de cathédrale

Et mon cœur martèle dans l’intermittence d’un immense chant d’étoile.

Même si le grave ressemble à du sans espoir

Ma prose est humble et semble simplement proposer un panel de couleurs sans le noir.


Sans l’écriture

Je redeviens un sans papier.


Tant que mes pensées et mes cries durent et hurlent en mon for intérieur,

Je resterai le serviteur des mots qui m’émeuvent telle une eau pure dont je m’abreuve.

J’attends depuis si longtemps le moment d’une plume mature à partager,

Je l’ai cherché sans boussole avec quelques indices et certains mots de passe

Et c’est au moment de replier la carte secrète

Que des beautés muettes ont chuchoté

De continuer la quête et de délaisser ma carapace.


Je me rappelle enfant de la joie d’écrire à la craie blanche sur de l’ardoise.

Quand le poids de vivre nous désenchante, reste une page d’encre et un envol,

Ce que l’art nous doit.

Je songe à ces musiciens qui font sonner des notes et briller des Soleils.


La poésie c’est un monde de Muses anciennes qui font rimer des consonnes et des voyelles.


On peut saisir l’essence de la vie dans la caresse d’un feu dansant

Et sentir tout l’ennui d’une vie dans la paresse d’un peu d’encens.

On oblige les jeunes générations à tenir l’idylle et l’avenir comme un sacrement.

Mais suis-je un profane à n’avoir d’yeux que pour l’ici et le maintenant.

Entre langueur et longueur, on est quelques-uns à se résoudre au feu follet.

Et si la langue meurt, si la terre pleure, nous serons ce souffle à la rescousse pour transporter les cris et leur permettre de mieux voler.


La société impose des certitudes volontaires.

Coloniser a toujours été une servitude à l’égard de peuples que l’on fait taire.

De ce monde des sans noms et des sans voix,

Qui existe loin des nombres et des rançons,

Je leur rends leur honneur à l’heure ou s’affronte mon palpitant et mon sang froid.



Je cherche à entendre les histoires des anciens que les vieux conteurs narrent au fond d’un bar sombre.

Il y a de la magie dans les mémoires, même si pour opérer il leur faut du clair-obscur et de la pénombre.

La fraternité anime la parole pour soulager la douleur par une beauté qui s’avère innée.

Je tiens l’encre comme un maçon tient sa truelle,

Dans un geste qui condense la passion des idées ancrée dans du manuel.

Et qu’on laisse la flamme du flâneur se faire la malle, ailleurs.

Elle est trop fragile pour se laisser dompter par vos dictées que l’on connaît par cœur.



Sans elle, je redeviens ce sans-papier volatile,

Perdu sans tactique et sans tactile,

En perpétuelle migration du nomadisme

S’évertuant à retrouver les citations que l’homme a dit.