Encore, Nous.
Encore.
Nous le sommes encore.
Nous la
somme.
Nous, les
vivants.
Nous. Les
grands enfants. Les amoureux du doute. Aux défenses vacillantes.
Nous. Les
courageux de l’émotion. Nomades de l’espoir. Vagabonds du vague à l’âme.
Nous. Les
saisonniers en sursis. Petits artisans des nobles bricoles quotidiennes.
Nous. Les
gourmands du verbe. Pisteurs d’ivresse. Compagnons du risque perpétuel.
Nous. Les
chercheurs d’étonnement. Cosmologues des beautés muettes.
Nous. Les si
chétifs humains de chaque matin, galopant sans arrêt en terra incognita.
Nous. Les
intransigeants du vivant.
Nous nous
cachons pour ne pas disparaître avec vous.
Pour ne pas
brûler de mutisme sous vos faisceaux utilitaires.
Nos cœurs
tout serrés dans leur cachette secrète sont de grands vibrants.
Ils
virevoltent et volent et vrillent dans la spirale des instants de frisson.
Ils brillent
et parfois brûlent parce que les murailles de nos peaux sont des prisons
mouvantes, fossiles de sensations qui se gardent au chaud comme les trésors
d’enfants nichés entre leurs petites mains moites.
Nous. On vit
pour ces intenses puretés.
Ces
fulgurances incandescentes.
Quand d’un coup un sens s’insurge et nous invite à inventer
une nouvelle géographie intérieure.
Quand d’autres n’y voient que de banales fluctuantes
indécences.
Nous sommes encore vivants.
Vivant pour ces corps.
Pour ces grâces.
Vivant pour l’éclat du regard de l’ami.
Ce Soleil sur l’épiderme.
Vivant de la saveur des sourires innocents.
Des matières aimantées.
Vivant pour toutes ces suspensions sans conséquence.
Interstices de
passage.
Délicates traces toutes fraîches sur la neige de nos
existences.
Nos petites vies poétiques qui sont l’apanage du panache.
Nous. Connaissons ces contemplations magiques et fugaces que
nous sommes seuls à ressentir lorsque l’action s’agite.
Visages de lumières dans la flamboyance du Kaïros.
Rictus en deçà du langage.
Ephémères expressions.
Sillage d’animalité.
Geste discret socialement nuisible.
Filaments de cirrus dans l’éther.
Vivant des perceptions tuméfiantes sous l’emprise souveraine
de certains stupéfiants.
Nous. A la recherche de nos étoiles perdues et des feux qui
filent.
Si la déception nous submerge souvent de sa nostalgie,
C’est qu’elle agit dans le flot que sur les berges
insoupçonnées de l’exception.
Nous. Solidaires apolitiques.
Nous. Solitaires prolifiques.
Mais oui, le Progrès, mais oui ! Mais oui ! Les
Lumières, les Ceux Sachant qui Sachent, les Honorables, Les Citoyens Eclairés,
Engagés, mais évidemment, mais bien-sûr,
dites-nous dites-nous ! Sauvez-nous ! Vous qui savez toujours tout,
vous qui avez la bonne Parole, mais dites-nous !
Dites-nous où se cache le courage des persévérants.
L’effort des humbles.
Dites-nous l’amour du beau.
L’invisible inspiration.
Dites-vous pourquoi nous, on reste relié malgré vous, malgré
les coups et les coupures.
Donnez-nous. Vous les généreux donateurs sans réciprocité.
Nous. Les bricoleurs de l’hic
et nunc.
Nous. Veillons dans nos cabanes construites des ruines de
vos chiffres.
Nous. Habitons dans les refuges isolés de la bruine et des
mauvais vents qui sifflent.
Nous savons que la sueur sur nos papiers c’est de la sève
qui s’immisce pour nous soigner.
Et si l’on saigne, de nos écorchures s’élèvent des bouts
d’écorce comme autant de poèmes semés.
Nous. Vivants hésitants.
Tant pis si le temps saisit pour intensifier les instants
soit souvent une chose à laquelle on ne peut se fier pour ne plus douter à
l’avenir !
Au moins aurons-nous sertis dans le vertige nos plus beaux
vers précieux.
A nous.
Les encore vivants.
