Le Silence des Cieux

 


 

Il y a des fleuves plus éloquents que la plupart des places publiques.

Il y a des bavards plus stériles que ne le sont certains arbres pudiques.

L’eau coule sous les ponts plus vite que les mots ne s’envolent.

L’écoute saoule les gens stupides que l’ego emprisonne.

 

Quand les paroles s’annulent de cacophonie,

La brume voile les conversations.

Mais quand les phrases convergent ensemble,

Se conservent les dictons qui s’offrent à nous comme autant de cadeaux fournis.

 

Il y a les thèses qui s’affrontent quand certains taiseux se la racontent,

Des loquaces audacieux qui à l’occasion se taisent et ça saute aux yeux.

Il y a les aphorismes et les grandes palabres

Il y a les impasses, les apories, le temps qui passe et les longues batailles.

 

Si le silence est d’or dans la volubilité des mots trop utilisés,

Que l’on s’immisce à s’introvertir sans trop le dire sans futilité,

Il peut suffire d’une aventure solitaire excessive pour être perdu dans le mutisme.

Mais ce que l’âme endure pour souffrir peut cesser dans l’esthétique et les vertus de la musique.

 

J’ai vécu des expériences volcaniques dans nombre de bistrots,

Des envols scéniques, des mélanges ethniques,

Des magmas de moments épiques quand on en dit trop.

 

Parfois se mêle le meilleur du tragique de l’éphémérité,

Avec la laideur qui s’agite de vouloir se dérider

Sous l’emprise du désir de ne jamais paraître ce qui est pourtant son effet mérité.

Et de ces antipodes qui s’entrechoquent

Je n’ai pas encore déniché l’antidote pour espérer les quitter.

 

Comme si le silence avait besoin de la saturation,

Les contraires de la terre et du ciel,

Les séquences en société et les retraits en isolement,

Goûter le vinaigre pour apprécier le miel.

 

L’équilibre est difficile à trouver

Mais si les contraires s’attirent,

Alors la fragilité des dualismes peut être ce qui attise le feu de tout ce qui est libre.

 

Et si ce qui s’épuise peut se muer en une sorte de mort,

N’oublions pas que ce qui s’éprouve nous émeut à l’excès par-delà

Le paradoxe de l’oxymore.

 

Et encore, encore et encore, stupeurs et tremblements,

Et s’tu peux, vis-les tendrement,

Des frissons, des silences, des sons, sans peur.

 

En nos corps défendants.